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jan 20 15

Valentin Valentin

by Le hobbit

vv_aValentin, un jeune homme à l’abri du besoin et plutôt bien de sa personne, amant d’une femme mariée à un atrabilaire jaloux, emménage dans un petit immeuble parisien avec l’idée de profiter sereinement de son année sabbatique. D’un naturel affable quoiqu’un brin réservé, il séduit assez naturellement son nouveau voisinage et notamment Elodie, une des filles du cinquième, bien décidée à le séduire à son tour.

L’immeuble – ou le quartier – en tant que lieu de vie et de cohabitation, scène privilégiée du contact social au quotidien et par là même génératrice de conflit, d’intérêt dramatique et donc d’émotion, ne pouvait manquer de fasciner les cinéastes de tout poil. Terrain de jeu par excellence du genre choral, il représente un espace propice à la multiplication de ses partitions et à l’édification d’un microcosme humain favorisant l’empathie. Dans les films de ce type, l’habitat constitue souvent un personnage à part entière, une sorte d’entité multiforme dont la personnalité transcende la somme de ses composantes. vv_2A une époque où le réseau – qu’il soit professionnel ou culturel – a supplanté la proximité spatiale dans la détermination des fréquentations de chacun, il a fini par acquérir une dimension presque nostalgique, souvenir mélancolique d’un métissage social en perte de vitesse. C’est ainsi que les hôtels de Delicatessen et du Grand Budapest Hotel, l’immeuble délabré de Dans la cour, le quartier de la Bastille vue par Clapisch (Chacun cherche son chat) ou celui de Montmartre vu par Jeunet (Le fabuleux destin d’Amélie Poulain) prennent littéralement vie, au travers d’un agglomérat de destins disparates qui batifolent de-ci de-là, s’entrecroisent et parfois s’entrechoquent. Sauf que dans Valentin Valentin, c’est triste à dire mais la sauce ne prend pas, la faute à une succession de maladresses et autres défauts purement structurels qui mis bout à bout ne pardonnent guère.

vv_3Une fois n’est pas coutume, Pascal Thomas n’adapte pas Agatha Christie, ce qui ne l’empêche pas de jouer de nouveau la carte du mystère, ou tout au moins de le tenter. Son courtois mais néanmoins secret Valentin (1), sous ses dehors d’énigmatique boys next door, révèle rapidement face à la proximité insistante de la caméra du réalisateur – lequel semble avoir oublier que le mystère est une affaire de distance plus que de contradiction – une banale personnalité de rustre indécis qui ne légitime en rien son statut de séducteur malgré lui. Comme d’habitude dans les films de Pascal Thomas, le fil conducteur policier (2) n’est qu’un prétexte à la mise en situation de ses personnages et on s’en désintéresse assez rapidement mais là ou le bas blesse, vv_1c’est que Valentin Valentin ne se rattrape ni par la performance de ses acteurs, ni par la qualité de ses sous-intrigues, lesquelles se permettent de traiter de sujets aussi casse-gueule que l’alcoolisme ou les pulsions pédophiles avec un premier degré désarmant et un consternant manque de profondeur. Même en omettant la pesante tendance du film à souligner par le dialogue – parfois en voix off, j’ai toujours eu du mal avec les voix off – des détails que la mise en scène et le scénario devraient se charger seuls de mettre en évidence, on ne retrouve en lui ni la folie, ni la fantaisie d’œuvres telles que Mon petit doigt m’a dit ou Le crime est notre affaire, pourtant réalisés par le même homme.

Sur le marché des comédies sentimentales, la France n’est pour le moment pas tellement à la fête. Les souvenirs de Jean-Paul Rouve, quoiqu’un poil plus drôle que ce Valentin Valentin en demi-teinte, principalement grâce à quelques savoureux seconds rôles, n’en finit en effet pas moins par se noyer dans ses bons sentiments. Pour une belle et saine tranche de rigolade, préférez-leur plutôt le très british Queen and Country, mille fois plus fin et pétulant, ou bien achetez le DVD des Combattants. Vous y gagnerez au change !

(1) Vincent Rottier en total contre-emploi de son rôle habituel d’adolescent rebelle.

(2) Une nébuleuse affaire de mafia chinoise dont le réalisateur lui-même semble se foutre éperdument.

jan 15 15

La terre éphémère

by Le hobbit

lte_aUn vieil homme au visage rude et gorgé d’histoire fait glisser sa barque sur l’onde paisible d’une rivière. Avisant une étroite langue de terre isolée au milieu des flots, il y débarque, en mesure la surface à grandes enjambées décidées, analyse scrupuleusement la consistance, l’odeur et même le goût de son sol puis repart, satisfait. Le lendemain matin, le voilà de retour avec boîte à outils, planches et rondins. Pour les paysans du coin comme lui, ces îles extrêmement fertiles apparaissant à la faveur de la décrue des eaux sont une aubaine, la promesse d’un hiver passé avec le ventre plein.

La terre éphémère, plaisante allitération pour un titre joliment lyrique, porté par un film qui ne l’est pas moins dans ce regard délibérément élémentaire – un qualificatif on ne peut plus approprié, comme on le verra plus loinlte_3 – qu’il porte sur le quotidien paysan des confins du monde. Durant la centaine de minutes sur laquelle s’étend le long-métrage, l’objectif ne quitte presque jamais des yeux l’îlot choisi par le vieil homme, contrebalançant l’exiguïté de l’espace par l’ingéniosité de son occupation ainsi qu’une dramaturgie épurée mais efficace ne boudant ni le suspense, ni même parfois le spectaculaire. Presque muet – les répliques sont si rares qu’elles paraissent déplacées, voire disgracieuses – le film n’en parvient pas moins à exposer clairement ses enjeux tout en développant subtilement la caractérisation de ses protagonistes, et lte_1notamment celle de la fillette qui finit par rejoindre son grand-père. Image même du trouble que peut ressentir un enfant qui voit son corps changer aux portes de l’adolescence, ce petit bout de femme à la beauté diaphane et quelque peu farouche ne peut que considérer avec un mélange de malaise et de curiosité les regards et invectives que lui lancent les soldats qui passent régulièrement sur la rivière. Un malaise qui se mue progressivement en frayeur (1) sans pour autant parvenir à éclipser totalement la troublante fascination exercée par l’éveil de la libido.

Le rythme auquel s’enchaînent les événements est flâneur sans être poussif, juste ce qu’il faut pour apprécier sereinement la beauté des images autant que la consistance du temps qui passe, aulte_2
travers d’une mise en scène quasi épidermique qui use et abuse du motif des quatre éléments primordiaux. C’est notre visage que la pluie fouette, nos bottes qui se remplissent d’eau glacée , notre peau qu’étreint la boue et que chauffe le soleil. Cette viscéralité, associée à l’état d’isolement qui contribue à auréoler le film d’une atmosphère profondément antédiluvienne, renforce d’autant plus la portée symbolique de son propos, de la dualité paradoxalement très anti-manichéenne de la Nature – alternativement nourricière et  meurtrière – qui donne et reprend sans état d’âme aucun, à l’éternel recommencement que représente le cycle de la vie et de la mort.

Expérience purement sensorielle, La terre éphémère est un film à la fois chamanique et puissamment symbolique, associant l’acuité poétique du haïku à une méticulosité toute documentaire. Un retour aux sources de la condition humaine qui se ressent littéralement des yeux jusqu’au bout des ongles.

(1) Un des syndromes de la domination patriarcale, car même si tous les hommes ne sont pas des soudards, concédons qu’en cette matière comme en beaucoup d’autres, la société a tendance à bien mieux les armer.

jan 11 15

Whiplash

by Le hobbit

w_aDans l’obscurité un claquement sec retentit soudain, comme une déflagration déchirant le silence, suivi d’un autre, puis d’autres encore, se succédant selon un rythme qui va crescendo jusqu’à se fondre en une bacchanale de sons curieusement harmonieuse. Lorsque l’image apparaît enfin, c’est pour nous dévoiler l’image d’un jeune homme en sueur et haletant, les yeux mi clos, qui s’acharne à coup de baguettes sur les cymbales et autres peaux tendues d’une batterie. Ce jeune homme c’est Andrew, élève solitaire et un tantinet taciturne du conservatoire de Manhattan qui nourrit l’ambitieux désir de marquer l’histoire du jazz, rien de moins. Pour parvenir à ses fins, il s’exerce tant et plus, souvent à son corps défendant, jusqu’à se faire remarquer par le tyrannique Terence Fletcher qui dirige les élèves les plus virtuoses de l’école d’une main que ne renierait pas le moins indulgent des sergents instructeurs de l’armée.

w_2L’analogie est d’autant plus appropriée que le réalisateur lui-même avoue avoir articulé son scénario et pensé sa mise en scène comme s’il tournait un film de guerre. On retrouve en effet dans le conservatoire la discipline implacable d’un régiment, l’unité spéciale qui ne recrute que la crème de la crème, les scènes d’humiliation et de passage en revue des troupes, et que dire de ces concerts filmés comme des escarmouches, avec une énergie farouche et désespérée assez convaincante pour nous persuader que le moindre faux pas – la plus imperceptible fausse note – serait catastrophique, sinon fatal. Dans le prolongement de cette métaphore, la batterie d’Andrew est très clairement assimilée à l’arme du soldat, chérie et maudite à la fois, comme une sorte de monstre paradoxalement salvateur, symbole de survie dans le sang et les larmes. w_1Car joie et inspiration ne sont pas les seuls compagnons de l’aspirant musicien. Derrière le paravent de l’idéal créatif et esthétique se terrent rivalité, douleur et peur permanente de ne pas être à la hauteur, autant de contreparties d’un système d’enseignement exigeant qui ne glorifie qu’un faible nombre d’élus. Dans sa façon charnelle, tantôt sensuelle et tantôt éprouvante, de filmer l’exercice musical, de présenter l’instrument comme une véritable extension du corps du batteur qui sue et qui saigne, le réalisateur se rapproche beaucoup d’un certain Darren Aronofsky. Whiplash développe d’ailleurs le même thème global que Black Swan, à savoir la quête de l’excellence, mais là où ce dernier se focalise de façon presque introspective sur l’aspect auto-destructeur du perfectionnisme, le film de Damien Chazelle préfère s’articuler autour d’une question que tout artiste se pose un jour ou l’autre : existe-t-il une recette pour le génie ?

Selon Fletcher, l’enseignant despotique, Charlie Parker ne serait jamais devenu Bird si Jo Jones ne lui avait pas balancé une cymbale à la figure à cause d’une mesure ratée. Pour pousser un homme au-delà de ses propres limites, w_5il ne faut ni le soutenir ni le complimenter, pense-t-il, mais au contraire le houspiller, le harceler et même le décourager, quitte à le perdre en cours de route. C’est ainsi qu’Andrew découvre le calvaire quotidien enduré par les musiciens de l’orchestre phare. Humiliation, insulte, manipulation affective et menace ne sont que quelques exemples tirés de l’arsenal utilisé par Fletcher pour mettre ses disciples au pas, et le nouveau venu n’y coupera pas, amorçant avec son maître un face à face si cruellement pervers qu’il en devient parfois éprouvant à regarder.

Éprouvant, passionnant, haletant, Whiplash est aussi tout à fait étonnant, un film de guerre à la Full Metal Jacket qui aurait déserté les champs de bataille pour squatter les salles de concert. Porté par deux acteurs exaltés – J. K. Simmons n’a jamais été aussi odieux, terrifiant et brutal – qui nous livrent un duel au sommet w_6comme on aimerait en voir plus souvent, le long-métrage fait progressivement monter la pression jusqu’au morceau de bravoure final, pur orgasme musical et dramatique à vous scotcher au fond de votre siège en mousse. L’ambiguïté de l’épilogue ne manquera pas de faire jaser, car on peut facilement y voir une forme de justification du processus de sape morale perpétrée par le personnage du maître. Toutefois si l’on se concentre sur la question initiale, la pirouette finale peut s’envisager tout à fait différemment, comme la simple affirmation que le génie ne peut pas naître sous la contrainte. Maintenant et à jamais sauvage, il ne se laisse pas aisément dompter et ne jaillit qu’à l’impromptu – ici par rébellion – au détour des sentiers d’une vie intense et bien remplie.

 

déc 14 14

White God

by Le hobbit

wg_aWhite God, c’est l’histoire déchirante d’un brave toutou et de sa jeune maîtresse, séparés par un destin cruel et … Hey ! Pourquoi vous levez-vous tous, et où allez-vous comme ça ? Pardon ? Votre copine a perdu les eaux ? Vous avez poterie ? Et le monsieur tout au fond ose même prétendre qu’il a un cassoulet sur le feu ? Ta ta ta, on ne me la fait pas à moi, les excuses bidons, je les ai déjà toutes servies. De toute façon les portes sont fermées de l’extérieur et ne se déverrouilleront que lorsque j’aurai dit ce que j’ai à dire, alors vous pouvez aussi bien poser vos culs sur vos chaises et ouvrir grand vos esgourdes. Bien, on s’est calmé ? Alors allons-y.

Je crois que je me suis mal fait comprendre. White God suit bel et bien les pérégrinations d’un cabot, mais oubliez de suite les Beethoven, Incroyable Voyage et autres films canins plein de bons sentiments, le long-métrage du hongrois Kornel Mundruczó est tout sauf une de ces comédies pimpantes et bien-pensantes qui font régulièrement leur retour sur la petite lucarne au moment des fêtes de Nøwël – si, si, c’est comme ça que ça s’écrit en hongrois. Et quand je dit tout, cwg_5e ne sont pas des mots en l’air, car White God bouffe littéralement à toutes les gamelles, si j’ose dire, du drame social intimiste à l’action débridée – quoique sans explosion – en passant par le conte et le slasher movie, sans oublier un léger soupçon d’anticipation à la Mummy. En effet dans la Hongrie de Lili et Hagen – la fillette et son chien – une loi singulière oblige tout possesseur de bâtard à payer une taxe sous peine de se voir délester du-dit clébard par les autorités. Assez peu enclin à passer à la caisse même pour les trois mois durant lesquels il va garder sa fille, le père divorcé de Lili décide de faire le choix du cœur … en abandonnant Hagen non loin d’une bretelle d’autoroute.

wg_2On pourrait se dire qu’à vouloir tout faire, le film prend le sérieux risque de faire tout mal, ou à tout le moins de se transformer en patchwork indigeste et indécis. De fait, la division du scénario en deux sous-intrigues – l’une suivant Hagen et l’autre sa jeune maîtresse – se fait clairement au détriment de sa partie humaine, un rien convenue et plombée par une poignée de mécaniques assez peu subtiles doublée d’un regrettable défaut de caractérisation – le père, ogre mal embouché dont le glissement vers la figure paternelle aimante et protectrice est trop radical, ou en tout cas pas assez préparé pour ne pas occasionner un haussement de sourcil. Fort heureusement, le son de cloche est bien différent dès que l’on lorgne du côté de la seconde sous-intrigue, sorte de récit initiatique inversé à la fois audacieux, ludique et ambitieux au cours duquel le chien va découvrir à son corps défendant toute la perversité de la nature humaine. Garantie sans voix off – et c’est heureux – cette partie est d’autant plus impressionnante du point de vue de la mise en scène qu’elle reste sage sur l’utilisation du très artificiel champ contrechamp, lui préférant quand wg_3c’est possible le plan fixe et le travelling, quand ce n’est pas le plan large, sans pour autant donner le sentiment de virer à la succession de numéros de cirque. C’est également ici que le polymorphisme du film donne sa pleine mesure, passant d’une course-poursuite avec la fourrière à un combat dans l’arène digne de Spartacus – et par ailleurs si troublant de réalisme qu’il nous ferait presque douter de l’habituel « Aucun animal n’a été blessé durant le tournage de ce film » apparaissant à la fin du générique – pour finir sur des scènes superbement apocalyptiques au milieu d’un Bucarest vide de présence humaine, sans que jamais le passage d’un registre à un autre ne paraisse violemment incongru.

Un anthropomorphisme dramaturgique – le chien incarne des rôles habituellement réservés à l’homme : fugitif, prisonnier ou vengeur – qui fait écho à la portée métaphorique du film. Difficile en effet de ne pas voir en ce mépris des bâtards, chiens de race non pure, qui constitue la base scénaristique de l’œuvre une référence à peine voilée au rejet de la différence et à la radicalisation wg_4galopante qui gangrènent notre propre société humaine. Au-delà de l’analogie, le long-métrage dénonce aussi de façon plus directe la précarité de la condition canine au sein d’un système qui ne voit en lui qu’un objet, au mieux, et un outil, au pire. En domestiquant le chien, l’homme a prétendu le priver de sa sauvagerie primordiale, et il s’est étonné de le voir se transformer en parasite charognard en réponse à l’abandon. L’insurrection spectaculaire qui constitue le climax du film marque la volonté du réalisateur de rappeler que le chien est un animal qui lutte pour sa survie avec tout autant de légitimité que l’espèce humaine. L’idée n’est pas de s’élever contre le principe de domestication mais de souligner que c’est avant tout un contrat à double sens qui implique un investissement et de lourdes responsabilités aussi bien de la part du chien que de celle du « maître ».

White God est un film atypique, touche à tout dans son langage dramaturgique et grisant dans cette atmosphère profondément onirique qu’il installe petit à petit et qui ne fait que gagner en puissance à mesure que défilent les scènes. La double confrontation opposant d’une part Lili à un monde d’adultes qui ne partage pas son sens des priorités, et d’autre part Hagen au système humain qui entend le broyer, développe parallèlement une tension qui s’accumule comme la vapeur à l’intérieur d’une cocotte minute pour exploser dans une dernière partie à la fois dantesque, surréaliste et libératrice où les bourreau finissent enfin par récolter tout ce qu’ils ont semé. Un puissant manifeste pour les droits du chien qui se clôt sur un plan proprement superbe qui restera à n’en point douter longtemps dans les mémoires.

oct 22 14

Refroidis

by Le hobbit

raLa dernière fois que j’ai vu des « å » et des « ø » au cinéma, c’était devant le très nordique  et orig(i)nal – hu hu hu – générique d’ouverture de Sacré Graal, au milieu d’un parterre de fans de la première heure qui l’avaient sans doute vu au moins vingt fois et rigolaient à chaque absurdité par anticipation tout autant que par réaction. Si l’on oublie les lettres vikings, les premières minutes de Refroidis esquissent la silhouette d’un objet cinématographique a priori bien différent de la géniale parodie burlesque des Monthy Python et pourtant, en matière d’absurde, le film du norvégien Hans Petter Moland se défend plutôt bien. Il met simplement un point d’honneur à prendre son temps.

Nils Dickman, pilote de chasse-neige fraichement promu au rang de citoyen de l’année, apprend la mort de son fils des suites d’une overdose. Sceptique, le père s’obstine à penser que son gosse ne se droguait pas, et l’apparition salvatrice d’un collègue du défunt, la figure tuméfiée et les yeux voilés par la peur, finit par lui donner raison. r4C’est bien la drogue qui a tué son rejeton mais quelqu’un était là pour l’aider à se planter l’aiguille dans le bras, et ce quelqu’un, Nils a dans l’idée de l’inscrire à son tour dans le livre des morts. Sujet battu, rebattu et re-rebattu au travers du prisme de tous les médias narratifs existants, la vengeance est un de ces motifs emblématiques et fondateurs que les conteurs de tout poils et de tout temps ne se lasseront probablement jamais de broder, au même titre que l’amour, l’apprentissage de la vie et le sauvetage du monde – ou vice versa. Pourtant, placé aux côtés de l’amant, du disciple et du sauveur, archétypes évolutifs et lumineux par excellence, le vengeur fait figure de vilain petit canard. C’est un personnage solitaire et statique, hanté par une obsession, qui acquiert une forme de toute-puissance – que l’on ne qualifierait pas à tord de divine – dont il ne pourra très paradoxalement jamais jouir car elle implique la perte irrémédiable de son libre arbitre.r2 En outrepassant la justice des hommes le vengeur s’écarte de sa propre humanité, il devient un outil, le bras armé de la Providence dont la force ne se mesure plus à l’aune de l’intellect ou de la masse musculaire mais à celle de la légitimité de sa vendetta. Partant de là tout devient possible, un pilote de chasse-neige sans histoire peut tout à fait se révéler capable de dessouder à la chaîne une armée de malfrats pour peu que ces derniers aient assassiné son fils de façon parfaitement gratuite.

Je le mentionnais plus haut, Refroidis ne commence pas vraiment sur les chapeaux de roue. Accompagnés par une mélodie suave évoquant les vastes plaines de l’ouest américain, les premiers plans traînent en longueur.r3 Ils laissent le temps au spectateur de s’imprégner du cadre, d’embrasser la pureté de ce paysage silencieux calfeutré sous la neige et baignant dans la lumière crépusculaire du nord – j’en profite d’ailleurs pour saluer l’excellent travail effectué sur la photographie – si bien que lorsque la violence pointe le bout de son groin elle paraît d’autant plus absurde et déplacée, comme une trainée de sang sur un parquet ciré. Ce décalage trouve un écho dans le détachement qu’affichent la plupart des personnages à l’endroit de la mort et de l’immoralité, variation très Tarantinienne du gangster badin qui ne fait rien de plus que son job comme un jardinier ferait le sien, et peu importe si ce dernier se borne à assassiner r1des mauvaises herbes là où le premier a du sang sur les mains. Ne nous méprenons pas, Refroidis n’est pas un Pulp Fiction à la norvégienne. Il a son propre rythme, plus posé, une sorte de flegme aérien qui confère un surcroît d’impact aux saillies burlesques tout en laissant assez d’espace au réalisateur pour humaniser ses truands, un peu comme le faisait Kitano dans Sonatine ou Hana-bi - sans toutefois égaler le lyrisme désespéré du réalisateur nippon. Loin d’être irréprochable (1) son scénario parvient néanmoins à gérer assez intelligemment l’enchevêtrement de ses multiples sous-intrigues pour conserver l’attention du spectateur, se permettant de conclure ce pamphlet espiègle à l’encontre de la stupidité du système mafieux sur une image à la fois superbe et délicieusement absurde.

(1) L’identité du protagoniste est assez incertaine et le film part un peu dans tous les sens à mi-parcours.

oct 10 14

Mange tes morts

by Le hobbit

mtm_aJuchés sur une bécane de cross, deux blanc-becs filent à toute berzingue au milieu d’un champs. Tous deux sont tête nue. Le passager, qui se cramponne d’une main au pilote, tient dans la seconde un fusil de chasse. Quelques secondes plus tard, plantés au milieu des mottes de terre, le plus vieux sert à son cadet un laïus un brin naïf sur les dangers inhérents au mal-conduire. Les mots sont simples, percutants, ils foncent tête baissée vers l’essentiel, à l’image d’une mise en scène coup de poing qui dit merde aux fioritures. Après avoir baillé devant le soporifique et très superficiel Saint-Laurent – pourtant adulé par une écrasante majorité de la critique – Mange tes morts était définitivement le coup de fouet qu’il me fallait.

Que sait-on du peuple du voyage qui aille au-delà du cliché populaire ? Voleurs de poules et d’enfants, jeteurs de mauvais œil et chatouilleux de la gâchette, une bien sale réputation pour des gens que l’on côtoie d’aussi loin au quotidien. mtm_1Oh ils ne sont sans doute pas tous sages comme des images, il n’est pas de communauté sans brebis galeuse après tout, mais de là à prétendre que l’ensemble de ses 250000 membres (en France) pratiquent la mendicité agressive, cambriolent des appartements et trafiquent cuivre, fils électriques et câbles téléphonique, il y a un assez grand pas que certains politiques à la grande gueule se permettent de plus en plus de franchir. Derrière cette méfiance se cache un peu de l’habituel mélange de peur, d’ignorance et de fermeture d’esprit à l’origine de la plupart des réactions de rejet irrationnel, comme si un mode de vie faisant fi de notre sacro-sainte sédentarité ne pouvait que constituer une menace. Il est évident que cette façon de vivre en marge ne favorise pas la mixité sociale, tout en pavant la voie aux préjugés. Et à première vue, Mange tes morts contribuerait presque à poser le pavé menant à l’idée reçue. Vol d’essence et de matériaux, chassé-croisé avec la maréchaussée, du pain béni pour les détracteurs d’ADM – pour Avec Domicile Mobile – de tout poil, sauf qu’à aucun moment le réalisateur ne définit le trublion dont il narre les aventures comme un membre représentatif du peuple des itinérants. Bien au contraire, Fred est dès le départ présenté comme un vilain petit canard dont le caractère auto-destructeur et le nihilisme anachronique ne peuvent que perturber le fonctionnement de la communauté.

mtm_2Dans son premier long-métrage, La BM du seigneur, Jean-Charles Hue dressait le portrait sans concession d’un voleur de voiture tentant laborieusement de se ranger après avoir vécu une illumination mystique. Pour son second coup d’essai le cadre ne change pas d’un iota, immersion totale dans la même communauté bigarrée de Yéniches itinérants, pour une distribution composée exclusivement d’acteurs non professionnels qui pourtant crèvent l’écran. Fred, chouraveur de son état et ainé d’une fratrie de trois est de retour d’un séjour de quinze ans derrière les barreaux pour avoir renverser et tuer un piéton lors d’une course-poursuite avec les flics. A peine sorti de son premier repas en famille, l’ancien taulard pas vraiment repenti embarque ses deux frangins et son cousin dans une virée nocturne endiablée, avec un camion bourré de cuivre en ligne de mire. Et le résultat vaut comme qui dirait son pesant de cacahuètes. Avec un budget plus de dix fois inférieur, Hue donne une belle leçon de rythme et de mise en scène à tous ces films d’actions français qui voudraient se la jouer « à l’américaine ». L’arrivée tonitruante de Fred au milieu du camps Yéniche, à grand renfort de dérapages et autres crissements de pneus, amorce une tension qui ne fera que s’amplifier au fil des minutes. mtm_3Ici pas de combats chorégraphiés, pas de carambolages, d’explosions ou d’effets spéciaux m’as-tu-vu, les courses-poursuites sont filmées la plupart du temps depuis l’intérieur de l’Alpina de Fred ou sur son capot, quitte à sacrifier le spectaculaire pour accentuer l’empathie du spectateur envers le quatuor de têtes brûlées. Tandis que la caméra virevolte au sein de l’habitacle, braquant qui un rétroviseur, qui un visage figé dans un rictus de concentration rageuse, les vrombissements du moteur, les bruits secs de la boite de vitesse et les imprécations furieuses ricochant contre les vitres achèvent de nous coller au fond de notre siège. Mais c’est principalement grâce au caractère volcanique de ses personnages que le film parvient à maintenir la pression. Capables de passer de l’embrassade pleine de guimauve à l’invective brutale et de la culpabilisation manipulatrice à la chaleur fraternelle en trois quarts de seconde montre en main, ces quatre gaillards comportent tous une forme d’ambivalence qui les éloigne des stéréotypes, du malabar trapu et bonhomme, volontiers prêchi-prêcha, qui accompagne ses cousins dans une virée qu’il désapprouve autant qu’elle l’enivre, au benjamin balançant entre l’éthique déontologique de la foi religieuse et la vision anarchique et très darwinienne qu’a son frère de l’existence. Fred. Par sa seule présence, ce colosse magnétique qui camoufle ses blessures sous un écran de rage bouillonnante entraîne tout dans son sillage, personnages et récit. Suscitant chez ses cadets un étrange mélange de fascination, de crainte et de mtm_4respect, cette imposante barrique avec deux fusils bleus ciel en guise de mirettes et une impressionnante paire de battoirs à la place des paluches les embringue dans un improbable road-trip nocturne à quatre dans une bagnole, entre sautes d’humeur et courses-poursuites, tours et détours à fond les ballons sur l’asphalte. Sur ces terres intermédiaires, à cheval entre métropole et cambrousse, parmi les feux éphémères des voitures et sous la clarté morte baignant les parkings des zones industrielles, comme autant de futiles oasis cernés par l’immensité désertique de l’obscurité, Jean-Charles Hue esquisse un univers atypique et déconcertant en marge de notre sphère de perception, où la banalité s’auréole d’un soupçon de mystère.

sept 23 14

Lone Survivor

by Le hobbit

aitd_2Vous souvenez-vous de ces jeux qui nous faisaient frissonner à l’époque où le média venait tout juste de commencer son fabuleux naufrage dans la 3D ? Des Survival Horror, qu’on les appelait. Ah, c’est qu’on en a souillé des pantalons sur Alone in the Dark, Resident Evil, Silent Hill, Clock Tower et consort, le summum de l’angoisse, du gore et du psychologiquement malsain, et ce gameplay mes aïeux, ce gameplay… Aujourd’hui, d’aucuns lui colleraient des qualificatifs aussi peu élogieux qu’archaïque ou anémique, n’empêche que ce bon vieux briscard avait en quelque sorte le génie de mettre à contribution à la fois ses qualités et ses défauts pour nous mitonner une tension aux petits oignons. La rareté des munitions et la relative fragilité de l’avatar mettaient l’accent sur l’esquive, la discrétion ou l’astuce plutôt que sur la force brute,  et se liguaient avec la raideur des déplacements et les angles de caméra pré-calculés pour arracher au joueur de petits cris de terreur et allumer dans ses yeux de bête traquée la fiévreuse lueur de la peur. Au delà des images et des sons, au delà des lieux macabres et délabrés, et de ces choses informes qui se jetaient sur nous poussées par je ne sais quelle fringale vengeresse, ces limitations constituaient un moyen artificiel mais néanmoins tout à fait efficace d’accentuer le sentiment de vulnérabilité. La vulnérabilité, cette sensation de ne pas être suffisamment armé – au propre comme au figuré – et préparé pour faire face aux épreuves qui se profilent devant nous, c’est là-dedans que réside toute l’essence du genre.

Le dégoût, le sordide, s’ils accompagnent parfois la peur, n’en sont nullement le moteur. L’élément déclencheur de l’horreur oppressive est moins tangible, il se cache dans ce que l’on ne voit pas, et plus généralement ce que l’on ne maîtrise pas. Les zombis des premiers Resident Evil n’ont pas marqué par leur aspect repoussant de carcasses pourrissantes mais parce qu’ils pouvaient surgir n’importe où et n’importe quand, même dans une pièce déjà visitée. De même pour les monstres difformes de Silent Hill, c’était le fait d’entendre la menace à l’avance sans pouvoir l’identifier ni la situer précisément (1) SHqui nous foutait les foies.  C’est pour cela que le tournant initié par Resident Evil 4 en 2005 ne constitue pas à mon sens une modernisation du Survival Horror mais bien au contraire un changement de trajectoire pur et simple, comme si la série avait laisser les sueurs froides à Racoon City pour ne plus susciter que des poussées d’adrénaline. Coïncidence ou pas, le déclin de la série phare de Capcom initia une longue période de vaches maigres pour les amateurs de frissons, lesquels survécurent comme ils purent en se reconvertissant dans l’Urbex nocturne ou en créant le concept de Zombi Walk. Toutefois, après avoir dangereusement flirté avec la désuétude, le genre semble depuis quelques années renaître de ses cendres avec des productions indépendantes – Amnesia, Outlast, Slender – et même AAA, très bientôt – The Evil Within, Alien : Isolation – qui tentent de négocier le virage de la prise en main sans pour autant tapiner du côté des Third Person Shooters. Amis du malaise et de la panique, les affaires reprennent !

Allons, courage les enfants ! Plus qu’une phrase et vous comprendrez enfin pourquoi je vous dis tout ça, une toute petite phrase de rien du tout qui pourtant s’étire, s’étire au gré des noms, des articles et des verbes, d’une proposition à l’autre, d’une énumération à l’autre, les lettres s’enchaînent et se déchainent tel un poisseux magma de pixels noirs dont il n’est permis d’émerger qu’à l’occasion d’une virgule, bulle d’oxygène bienvenue, sacro-sainte pulsation du langage et tocsin funèbre annonçant le ; point virgule, comment ça le point virgule, ah non, je m’insurge, je m’outre et je proteste, avec ce salopard, on n’est pas près d’aller au plumard ; et voilà qu’il repart, diantre mais que m’arrive-t-il, vais-je finir mes jours ici, coincé à jamais dans cette suite sans saveur de mots tueurs, Proust, enfoiré, pourquoi t’échines-tu à me posséder !

Bien, bien, bien…

Lone Survivor est, vous l’aurez deviné sans peine, l’un de ces nouveaux ambassadeurs de la flippe (2)  que j’évoquais avant de sombrer momentanément dans la déraison. Une petite merveille signée Jasper Byrne qui, après un hommage LS1appuyé à Silent Hill 2 (3), entend donner sa propre vision de l’horreur psychologique. Vous voilà donc plongé dans la couenne placide et flegmatique d’un énième protagoniste amputé du sobriquet – appelons le Bob – lequel vous apprend en quelques phrases liminaires et lapidaires qu’une catastrophe indéterminée s’est abattu sur l’humanité. A l’extérieur, tout n’est que ruines et abandon et des monstres difformes rôdent au milieu des gravats. Cloitré dans son appartement, Bob serait bien incapable de dire depuis combien de temps il végète mais ses vivres s’amenuisent. L’occasion de sauter le pas, d’oser ce qu’il n’a pas osé jusqu’à présent. Faire face au monde extérieur. Pour ce qu’il en sait, Bob pourrait très bien être le dernier survivant. Un survivant solitaire. Quoi qu’il en soit, cela ne rime à rien de nier la réalité ad vitam eternam. Et quitte à mourir, autant se démener pour ne pas mourir seul… Sobriété, concision, efficacité, en cinq petites minutes l’atmosphère est plantée. Tout est dans le titre. Vous êtes seul, et vous devez survivre.

Les quelques captures d’écran qui égayent ce pavé monotone vous l’affirmeront mieux que moi, Lone Survivor n’a pas prétention a être le dernier Crysis. Et oui, la haute résolution peut bien aller se faire foutre un œuf, ici, ce qu’on aime, c’est le gros pixel qui tâche, celui qui expose fièrement au tout venant ses atours quadratiques et vous renvoie d’un coup de baguette magique à cette époque bénie où le polyèdre n’existait pas. LS3Une orientation résolument pixel art qui imprégnait déjà la précédente « création » de Byrne mais que l’on retrouve sublimée par une poignée d’artifices visuels qui ne font que renforcer la noirceur de l’ensemble. Les couleurs criardes de Soundless Mountain s’effacent ainsi au profit de teintes plus délavées, plongées dans une pénombre qui ne se dissipe que devant de trop occasionnels et blafards filets de lumière. Pour ne rien gâcher, le facétieux bonhomme s’est également fendu de quelques filtres – bruit blanc, effet de brume, effet pellicule – accentuant insidieusement cette impression diffuse et malsaine d’évoluer au beau milieu d’un cauchemar. Et d’un point de vue musical, le jeu n’est pas en reste. Le ramage se rapporte au plumage, dirait Maître Renard. Au-delà des thèmes puissants qui transpirent la classe ou suintent la nostalgie, Byrne a bourré sa partition de bruitages inquiétants et cradingues, de backgrounds sonores oppressants et LS2de coups de pression saturés lorsque la situation tourne au vinaigre. Hors du sanctuaire que constitue l’appartement du protagoniste, l’impression prégnante et désagréable qu’une chose furtive se tortille dans les coins et recoins sombres des couloirs et des rues ne nous quitte jamais. C’est en grande partie cette ambiance sonore, associée à la narration volontairement décousue, qui génère l’angoisse. Car si la 2D de Lone Survivor n’est pas vilaine, elle demeure tout de même beaucoup moins anxiogène que la 3D truffée d’angles morts de nos bons vieux survival horror. En effet, malgré la faible portée de notre lampe torche et le point de vue très proche de Bob l’avatar, le fait de pouvoir toujours garder un œil sur les deux seules direction d’où peuvent provenir les menaces ne favorise pas franchement le développement de la peur.

Sans doute conscient de ce handicap, Jasper Byrne préfère jouer sur un autre tableau en nous plongeant dans un monde onirico-cauchemardesque (4) – inspiré tout autant du cinéma de David Lynch que de la prose de Lovecraft – qui distille progressivement une sourde et subtile sensation de malaise. Rêve et réalité se mêlent et s’entremêlent jusqu’à ce que toute frontière entre les deux disparaisse, si bien que le joueur finit invariablement par s’interroger sur l’intégrité mentale de son véhicule vidéoludique. Tout cela induit une réticence croissante à poursuivre son chemin – LS4associée au plaisir coupable que l’on prend à se persuader de le faire quand même – non par peur de se faire écharper la margoulette par quelque immonde saloperie au détour d’un couloir, mais parce que chaque pas nous fait l’effet de plonger un peu plus profondément dans l’abîme de la folie. Vous comprenez maintenant pourquoi je mentionnais Lovecraft, pas plus tard qu’il y a quelques lignes. Notez toutefois que Lone Survivor se distingue de l’univers de l’écrivain en cela qu’il ne nourrit aucune obsession pour un quelconque complot métaphysique. Bien au contraire, le jeu comporte une dimension très intimement psychologique qui ne peut que parler directement à tout un chacun. Ce que le protagoniste affronte n’est pas une menace antédiluvienne complètement démesurée mais, si l’on soulève un brin le voile de la métaphore, une épreuve extrêmement commune et néanmoins marquante à laquelle n’importe quel individu peut être amené à faire face au cours de son existence. Ne vous attendez toutefois pas à ce que tout vous soit servi sur un plateau. De même que LS5Braid et peut-être même plus subtilement, Lone Survivor développe un propos protéiforme qui évolue en fonction de la manière dont le joueur interagit avec son environnement, et pour la compréhension duquel il faudra s’impliquer un minimum. Car c’est à partir de cette philosophie de jeu et non de quelques choix faits à des moments précis que se décidera le dénouement de l’aventure, petite merveille allant du tragique au doux-amer et gorgée de cette mélancolie qui accompagne inévitablement tout œuvre effleurant un pan aussi crucial et délicat de la nature humaine. Mais je n’en dirai pas plus. N’y voyez aucune malice, simplement je m’en voudrais de gâcher sottement le plaisir de la découverte au futur joueur que vous ne manquerez pas d’être.

Lone Survivor est une toute petite chose absolument somptueuse, l’œuvre d’un seul homme qui recèle dans sa centaine de méga-octets plus d’intelligence, de sensibilité et de profondeur que tous les triples A de l’année réunis. Au-delà d’une direction artistique qui divisera sans doute les foules – dommage pour les allergiques au pixel art – d’une bande originale rien moins que LS6splendide et d’un univers psychologico-malsain où l’on se perd avec délice, le bougre fait en effet partie de ces rares jeux capables de concilier habilement propos et gameplay, ceux-là même qui constituent à mon sens la quintessence de l’art vidéoludique. Ainsi en est-il de ces mécaniques de jeu faussement secondaires dont on ne réalise l’importance, pour ne pas dire la prépondérance, qu’à la toute fin de l’aventure. Un peu comme si le créateur guidait délibérément le joueur novice vers l’issu la plus négative afin de le pousser à remettre le couvert en adoptant un autre point de vue. Un procédé qui pourrait paraître trivial, voire même légèrement malhonnête, mais c’est en opposant ainsi la réussite à l’échec, et plus précisément en poussant le joueur à réfléchir sur ce qui les induit l’une comme l’autre, que Lone Survivor parvient avec brio à sublimer son sujet.

(1) Et bien sûr, sans pouvoir l’affronter efficacement une fois localisée, avec ces p*%$&£ de contrôles de m!§#% !

(2) Ou générateurs d’incontinence, comme vous préférez.

(3)  Soundless Mountain 2, demake inspiré du célèbre survival horror de Konami.

(4) Ou mieux, oniricauchemardesque, parce que les mots-valises, c’est hype !

juin 3 14

Deux jours, une nuit

by Le hobbit

djun_a« Tu t’es réconcilié avec Marion Cotillard ? »

… fut la première question qu’on me servit lorsqu’au sortir du film je confiai, les larmes aux yeux, tout le bien que je pensais du dernier bijou belge des frères Dardenne (1). Ce qui m’oblige un peu à rétablir la vérité sur le cas Cotillard. S’il est vrai que j’entretenais, et entretiens toujours, à l’encontre de l’étoile montante française une indéniable réserve, celle-ci tient bien moins de l’allergie chronique que d’une certaine incompréhension vis-à-vis du hype dont la dite étoile semble faire l’objet. Je ne conteste pas son talent, pour arriver à ce niveau, il en faut forcément, mais je suis de ceux qui sont passés complètement à côté de la Môme ou des Petits Mouchoirs – encore qu’en ce qui concerne ce dernier, il serait tout à fait mesquin de coller sur son dos toute la responsabilité d’une médiocrité globale – et je ne parle même pas de ses premières prestations, à mon sens assez quelconques, au pays de l’Oncle Sam. Alors voilà, Cotillard, ça va, mais de là à incarner internationalement la crème du cinéma français, il ne faut tout de même rien exagérer.

Maintenant que les choses sont dites, entrons dans le vif du sujet. Si pour la deuxième fois consécutive – et contrairement à ce qu’ils nous avaient habitué jusqu’à présent – le duo belge a fait appel à une actrice renommée pour tenir l’affiche de leur film, l’orientation de leur discours ne change pas d’un iota. djun_5On nage toujours dans la fresque sociale intimiste et ultra-réaliste, au plus proche du quotidien de gens comme vous et moi. Sandra, à peine remise d’une dépression nerveuse, ne retourne au travail que pour apprendre que son poste est sur la sellette. Suite à des difficultés financières, l’entreprise où elle bosse met tous ses employés face à un choix bien pervers : soit ils devront tous renoncer à leur prime de l’année, soit Sandra sera licenciée. Le premier vote penche clairement vers la seconde solution mais Sandra, aidée de deux de ses collègues, obtient la tenue d’un second scrutin. Elle dispose alors d’un week-end pour persuader le reste du groupe de faire une croix sur leur bonus afin qu’elle puisse conserver son emploi.

djun_1Toute la simplicité d’une intrigue qui, malgré la répétition systématique du même et unique motif, parvient à installer un suspense d’une redoutable efficacité. Ce n’est pas tant le décompte de réussites et d’échecs résultant de la succession de face à face qui produit cet effet mais bien plutôt la façon dont ils sont préparés. Dès le départ, la caméra se colle au plus près de la protagoniste et ne la lâche plus. Cette proximité ainsi que l’interprétation à la fois subtile, naturelle et nuancée – à des années lumière de ce qu’elle nous avait servi pour la Môme, pour ne citer que lui – de la miss Cotillard renforcent considérablement le lien empathique entre le spectateur et son personnage. A ses côtés, on vit l’appréhension de la prise de contact avec l’autre, le doute, la honte de quémander le sacrifice d’autrui, tous cela magnifié par les quelques reliquats dépressifs qui continuent à lui trotter dans la tête. Car Sandra n’est ni forte, ni déterminée, à tel point que la véritable question dramatique n’est pas de savoir si elle parviendra ou non à convaincre assez de gens pour sauver son poste, mais si elle réussira jusqu’au bout à se persuader que sdjun_2a démarche est légitime. Un procédé ingénieux qui permet de garder le spectateur en haleine du début à la fin, encore une preuve de la supériorité de l’obstacle interne – le manque de confiance en soi et de détermination de l’héroïne – face à l’obstacle externe – le licenciement – lorsqu’il s’agit de créer du conflit. Influençable et totalement à fleur de peau, Sandra passe de l’espoir au désespoir en un tour de main, selon qu’on lui témoigne mépris ou soutien. Chaque réaction négative – et il y en a quelques unes – la voit se refermer comme une huître et seule l’abnégation et l’optimisme obstinés de son compagnon se placent entre elle et le renoncement ; un soutien indéfectible, malgré le défaitisme et parfois l’agressivité gratuite obtenus en retour, qui résonne comme le plus solide des gages d’amour.

L’idée des frères Dardenne n’est pas de mettre au pilori l’égoïsme de ceux qui refuseraient de se serrer la ceinture pour permettre à un collègue d’éviter le licenciement. Le problème est bien moins manichéen que cela et le film le montre d’ailleurs magistralement. A travers la honte, la lâcheté ou la violence exprimées lorsque Sandra vient leur mettre le nez dans leur merde, c’est le système qui en prend pour son grade, un système qui glorifie le sacro-saint chacun pour soi, qui tend à pervertir la notion de travail au point de la délester de toute espèce de solidarité, au djun_4point même de dresser une barrière infranchissable entre vie professionnelle et vie privée, comme si l’on devenait une toute autre personne en passant du pas de notre porte au seuil de notre lieu de travail. Toutefois, si Deux jours, une nuit est une satire sociale incontestablement réussi, c’est par sa dimension humaine qu’il marque durablement, celle qui fait surgir ça et là, au milieu de l’océan de nombrilisme, quelques rares et délicats îlots de générosité et d’humanisme, comme de brefs élans venus de l’intérieur prouvant que notre espèce n’est pas encore totalement irrécupérable, celle enfin qui consacre l’action et la prise de décision, en opposition à la résignation et à l’attente, comme le chemin le plus direct vers notre propre accomplissement.

(1) Quoi, ça ne vous arrive jamais que des types que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam, ni de Roger ni de Josiane d’ailleurs, vous interrogent sur votre ressenti au sortir des salles obscures, comme si votre avis était forgé dans l’or massif ? Non ? Vraiment jamais ? Allons, pas de panique, moi non plus. Tout cela n’est qu’un effet de manche pour vous faire accroire que je vis ma vanité sans complexe alors qu’en fait, que suis-je sinon un mégalomane qui peine à s’assumer ? Il faudrait peut-être que j’en parle à mon psy…

mai 18 14

Dans la cour

by Le hobbit

dlc_aIl faut se méfier des monstres sacrés, ces types, qu’ils soient acteurs, réalisateurs, écrivains, charcutiers ou tyrans, dont le talent est soi-disant si incontestable que la critique la plus bénigne à leur encontre vous vaut automatiquement de la part des cohortes de leurs admirateurs l’exclamation exaspérée de circonstance, suivi de ce soupir méprisant qui a brisé tant de couples (1). De même que toute certitude, la valeur sûre est un fantasme, tentant car il rassure et dangereux car il bride esprit critique, réflexion et remise en question. C’est un raccourci facile et balisé à souhait, mais qui ne vous conduira jamais que là où ceux qui l’on tracé désirent vous amener. Mouais, c’est bien joli mais pourquoi diable est-ce que je déblatère tout ça, moi ? Ah oui … Catherine Deneuve ! L’égérie de Demy, Truffaut et Téchiné, aussi pimpante en jumelle à Rochefort qu’en vendeuse de parapluie à Cherbourg. N’empêche qu’on ne m’ôtera pas de l’idée que ses derniers rôles lorgnent pour la plupart vers une sorte de minéralité inexpressive – comme s’il convenait de figer le souvenir de la beauté d’antan dans un masque de pierre impassible – envers laquelle le panthéon de la critique française manifeste à mon sens un trop plein d’indulgence.

Cedlc_1 n’était pourtant pas bien compliqué, il suffisait à l’actrice de se pointer dans la cour – tiens, encore une, à croire que c’est une marotte – de Pierre Salvadori pour enfin s’épanouir à nouveau, et faire voler en éclats cette putain de couche de plâtre qui lui maculait le visage depuis une bonne dizaine d’années. Une cour d’immeuble parisien tout ce qu’il y a de plus banale, avec sa loge de concierge, ses boîtes aux lettres et ses plantes en pot à demi desséchées, dans laquelle débarque ce gros ours poilu de Gustave Kervern, a.k.a Antoine, ancien musicien dépressif qui un beau soir a envoyé valdinguer son costume de scène et sa guitare pour pointer au pôle emploi, traînant son abattement chronique de petit boulot en petit boulot jusqu’à dénicher ce qu’il pense être la planque ultime : un poste de gardien d’immeuble. Sauf qu’un immeuble ce n’est pas que du béton, du métal et du bois, c’est aussi la compagnie de zigotos plus ou moins fréquentables qui tentent bon gré mal gré d’y cohabiter. Des types un peu timbrés, normaux quoi, et tout particulièrement Mathilde, jeune retraitée qu’obsède l’énorme fissure qui traverse le mur de son appartement.

dlc_3La comédie, lorsqu’elle se pique de flirter avec des sujets aussi peu engageants que la dépression, est un travail d’équilibriste qu’il ne convient pas de confier au premier paltoquet venu. Pour que l’humour soit salvateur, il faut un sens aigu du décalage, de la remise en perspective, ainsi qu’une certaine empathie pour la fragilité de la condition humaine. Et ça tombe plutôt bien car ces qualités,on les trouve à foison dans la mise en scène et le ton adopté par Salvadori, lequel dépeint avec une sorte de tendresse amusée la vulnérabilité de ses deux protagonistes. Kervern, avec son look habituel de déterré, n’a aucun mal à convaincre dans son rôle de paumé insomniaque et bougon qui ne peut pourtant jamais rien refuser à personne. Quand à la Deneuve, je l’évoquais tantôt, elle gagne tout à bazarder sa figure impassible et son port de cygne pour redescendre à nos côtés fouler la poussière. Toutefois, la modeste grandeur de cette farce douce-amère ne tient pas uniquement dans ce brillant numéro de duettiste. Elle se profile également dans la galerie bigarrée de personnages secondaires, tous plus drôles, attachants et loufoques les uns que les autres, dans les dialogues ciselés au cordeau desquels jaillit de temps à autre quelque propos dlc_2plus profond qu’il n’y paraît, et dans le mélange harmonieux du léger et du grave. Car pas un seul moment la détresse d’Antoine et de Mathilde ne nous sort de la tête. Elle resurgit brusquement dès qu’ils se retrouvent seuls dans leur monde intérieur, détraqué et claustrophobique, comme si se refermaient sur eux les parois de leur propre pensée. La dépression, c’est un peu comme une sorte de prison invisible, impalpable, incompréhensible. Tout est là, à portée, mais on se sent comme incapable de tendre la main. Le quotidien bourdonnant dont le réalisateur conteste – ou alors glorifie – la banalité s’apparente dès lors à une symphonie burlesque de sons discordants, certes, mais également revitalisants et rassurants, une douce musique à laquelle deviendraient sourds les adeptes du repli sur soi. C’est pourtant dans la reconstruction du lien qui les relie au monde que se trouve la clef. Un postulat plutôt logique car après tout, si c’est la solitude qui te flanque dans un trou, pourquoi s’attendre à ce qu’elle t’en sorte ?

(1) A noter que la remarque vaut également pour les chefs-d’œuvre.

avr 27 14

L’Arche et la Tour

by Le hobbit

Ce n’est un scoop pour personne, depuis que le cinéma s’est hissé aux côtés du théâtre en tant qu’art dramatique majeur, la littérature a toujours été pour lui une source d’inspiration substantielle. Partant de là, le livre le plus diffusé au monde (la Bible hein, pas Harry Potter) ne pouvait manquer de compter pléthore d’adaptations plus ou moins glorieuses de chacun de ses épisodes, tandis que parallèlement son statut de recueil mythologique lui valait nécessairement de constituer – au même titre que les mythologies grecque et nordique, entre autres – une source intarissable de métaphores pour les réalisateurs friands de symbolisme. Tenez, ça tombe très bien que vous abordiez le sujet, je souhaitais justement vous toucher deux mots à propos de mes dernières conquêtes cinématographiques, lesquelles sont, je vous le donne en mille … Noé et la Cour de Babel ! C’est tout de même formidable le hasard !

Noé donc, qui permet au personnage biblique éponyme de rejoindre ses petits camarades – Jésus, Samson, David, Marie et j’en passe – aux côtés des sommités religieuses digérées par l’industrie du cinéma. Sans être particulièrement brillant, le dernier film de Darren Aronofsky n’a rien d’une catastrophe (hu hu) ; de fait, le parti pris du réalisateur de ne s’inspirer que librement du mythe original pour développer des thèmes qui lui sont propres, tels que la question de la légitimité hégémonique de l’humanité – et son corollaire, le mépris vis-à-vis du reste de la « création » – ou bien l’aveuglement inhérent au fanatisme, est tout à fait louable. Le vernis héroïc-fantasy, aussi hors sujet soit-il (1) ne se prend pas pour autre chose que du vernis, à savoir une couche superficielle et essentiellement esthétique. Il est vrai qu’avec ses faux airs de série Z outrageusement cheap, l’introduction inquiète un brin mais la plastique du film se révèle finalement plutôt agréable à l’œil, confortée par des effets spéciaux relativement sobres et de bon goût, et le vide rêche des paysages islandais qui confère aux images un archaïsme troublant, comme si Noé et sa famille foulaient le sol d’un monde encore à l’état d’esquisse. Pourtant, si l’allure tient la route, il en va tout autrement en ce qui concerne la structure. Indécis, le film oscille sans relâche entre le symbolisme et un réalisme à outrance un peu vain, considérant le sujet, et oppose l’ambivalence de son protagoniste – un Russell Crowe convaincant dans son inébranlable volonté de réfuter le doute –  au manichéisme exacerbé de certains personnages et situations. Au milieu d’une poignée de scènes spectaculaires, le scénario s’enlise un brin, multipliant artifices et facilités (notamment quelques deus et diabolus ex machina qui ne trompent personne) entachant singulièrement un film pourtant pas foncièrement antipathique.

Bien loin de ces antiques chambardements, la Cour de Babel – documentaire scolaire plein de justesse et d’humanité – installe tranquillement sa caméra dans la classe d’accueil du collège de la Grange aux Belles, dans le dixième arrondissement de Paris. Pendant toute une année, Julie Bertuccelli a suivi Brigitte Cervoni et ses élèves venus des quatre coins du monde, attendant patiemment que tout cette faune bigarrée s’habitue à sa présence et à celle de son objectif pour saisir des instants parfois puissants, parfois précieux. Qu’ils soient Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais, bien peu ont quitté leur pays de gaieté de cœur, même pour échapper à un sort aussi peu enviable que l’excision ou la persécution. Déboussolés, parfois même meurtris, ils se voient chargés d’une responsabilité qui les dépasse, donner un sens au parcours chaotique de leurs parents en s’accordant la possibilité d’avoir le choix.

Le mythe de Babel relate la punition divine encourue par les hommes qui, pêchant par orgueil, décidèrent d’entamer la construction d’une tour pour rejoindre les cieux. Ni une ni deux, Dieu le père, qui n’apprécie que très modérément les visites inopportunes, surtout le jour du Seigneur, mit un terme à l’affaire en brouillant leur langue afin qu’ils ne se comprennent plus, puis en les dispersant sur toute la surface de la Terre. Bien loin d’être une métaphore de cette légende, le documentaire de Julie Bertuccelli en constituerait plutôt l’antithèse, jusque dans son titre où le terme cour, évoquant un vaste espace horizontal et aéré, favorable au rassemblement, s’oppose au concept de tour, vertical et cloisonnant. Dans la classe de Brigitte, des enfants parlant plus d’une dizaines d’idiomes différents s’appliquent à apprendre une même et unique langue pour se bâtir le plus ambitieux des projets : un futur de femme ou d’homme libre. Presque constamment située hors champs, l’enseignante couve ses étudiants d’une bienveillance paisible et dépourvue du moindre préjugé ; sans jamais s’émouvoir de points de vue parfois extrême, elle les enjoint à réfléchir, à s’expliquer, à communiquer. Ce qu’elle tente d’apprendre à ces enfants à la maturité trop précoce, au travers de débats abordant les sujets les plus casses-gueule, de la religion au racisme, au-delà de l’outil pratique et indispensable que représente la langue, c’est une manière saine d’appréhender d’autres cultures, et sinon la compréhension, du moins l’acceptation de la différence.

A l’opposé des documentaires tape à l’œil à la Michael Moore, la Cour de Babel est une de ces perles simples et sans artifice qui en se contentant de montrer, parviennent à toucher du doigt l’essentiel. Avec légèreté, parfois même avec humour et surtout sans l’ombre d’un discours chauviniste, Julie Bertucceli parvient à dessiner la France sous son profil le plus avantageux, celui d’un pays où le combat pour la liberté n’est pas perdu d’avance.

(1) Mais l’est-il vraiment ? Sans vouloir insulter la foi de quiconque, la Bible reste l’une des sources les plus fameuses de mythes ancestraux, ceux-là même qui constituent la matrice du style héroïco-fantastique.