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White God

by Le hobbit on décembre 14th, 2014

wg_aWhite God, c’est l’histoire déchirante d’un brave toutou et de sa jeune maîtresse, séparés par un destin cruel et … Hey ! Pourquoi vous levez-vous tous, et où allez-vous comme ça ? Pardon ? Votre copine a perdu les eaux ? Vous avez poterie ? Et le monsieur tout au fond ose même prétendre qu’il a un cassoulet sur le feu ? Ta ta ta, on ne me la fait pas à moi, les excuses bidons, je les ai déjà toutes servies. De toute façon les portes sont fermées de l’extérieur et ne se déverrouilleront que lorsque j’aurai dit ce que j’ai à dire, alors vous pouvez aussi bien poser vos culs sur vos chaises et ouvrir grand vos esgourdes. Bien, on s’est calmé ? Alors allons-y.

Je crois que je me suis mal fait comprendre. White God suit bel et bien les pérégrinations d’un cabot, mais oubliez de suite les Beethoven, Incroyable Voyage et autres films canins plein de bons sentiments, le long-métrage du hongrois Kornel Mundruczó est tout sauf une de ces comédies pimpantes et bien-pensantes qui font régulièrement leur retour sur la petite lucarne au moment des fêtes de Nøwël – si, si, c’est comme ça que ça s’écrit en hongrois. Et quand je dit tout, cwg_5e ne sont pas des mots en l’air, car White God bouffe littéralement à toutes les gamelles, si j’ose dire, du drame social intimiste à l’action débridée – quoique sans explosion – en passant par le conte et le slasher movie, sans oublier un léger soupçon d’anticipation à la Mummy. En effet dans la Hongrie de Lili et Hagen – la fillette et son chien – une loi singulière oblige tout possesseur de bâtard à payer une taxe sous peine de se voir délester du-dit clébard par les autorités. Assez peu enclin à passer à la caisse même pour les trois mois durant lesquels il va garder sa fille, le père divorcé de Lili décide de faire le choix du cœur … en abandonnant Hagen non loin d’une bretelle d’autoroute.

wg_2On pourrait se dire qu’à vouloir tout faire, le film prend le sérieux risque de faire tout mal, ou à tout le moins de se transformer en patchwork indigeste et indécis. De fait, la division du scénario en deux sous-intrigues – l’une suivant Hagen et l’autre sa jeune maîtresse – se fait clairement au détriment de sa partie humaine, un rien convenue et plombée par une poignée de mécaniques assez peu subtiles doublée d’un regrettable défaut de caractérisation – le père, ogre mal embouché dont le glissement vers la figure paternelle aimante et protectrice est trop radical, ou en tout cas pas assez préparé pour ne pas occasionner un haussement de sourcil. Fort heureusement, le son de cloche est bien différent dès que l’on lorgne du côté de la seconde sous-intrigue, sorte de récit initiatique inversé à la fois audacieux, ludique et ambitieux au cours duquel le chien va découvrir à son corps défendant toute la perversité de la nature humaine. Garantie sans voix off – et c’est heureux – cette partie est d’autant plus impressionnante du point de vue de la mise en scène qu’elle reste sage sur l’utilisation du très artificiel champ contrechamp, lui préférant quand wg_3c’est possible le plan fixe et le travelling, quand ce n’est pas le plan large, sans pour autant donner le sentiment de virer à la succession de numéros de cirque. C’est également ici que le polymorphisme du film donne sa pleine mesure, passant d’une course-poursuite avec la fourrière à un combat dans l’arène digne de Spartacus – et par ailleurs si troublant de réalisme qu’il nous ferait presque douter de l’habituel « Aucun animal n’a été blessé durant le tournage de ce film » apparaissant à la fin du générique – pour finir sur des scènes superbement apocalyptiques au milieu d’un Bucarest vide de présence humaine, sans que jamais le passage d’un registre à un autre ne paraisse violemment incongru.

Un anthropomorphisme dramaturgique – le chien incarne des rôles habituellement réservés à l’homme : fugitif, prisonnier ou vengeur – qui fait écho à la portée métaphorique du film. Difficile en effet de ne pas voir en ce mépris des bâtards, chiens de race non pure, qui constitue la base scénaristique de l’œuvre une référence à peine voilée au rejet de la différence et à la radicalisation wg_4galopante qui gangrènent notre propre société humaine. Au-delà de l’analogie, le long-métrage dénonce aussi de façon plus directe la précarité de la condition canine au sein d’un système qui ne voit en lui qu’un objet, au mieux, et un outil, au pire. En domestiquant le chien, l’homme a prétendu le priver de sa sauvagerie primordiale, et il s’est étonné de le voir se transformer en parasite charognard en réponse à l’abandon. L’insurrection spectaculaire qui constitue le climax du film marque la volonté du réalisateur de rappeler que le chien est un animal qui lutte pour sa survie avec tout autant de légitimité que l’espèce humaine. L’idée n’est pas de s’élever contre le principe de domestication mais de souligner que c’est avant tout un contrat à double sens qui implique un investissement et de lourdes responsabilités aussi bien de la part du chien que de celle du « maître ».

White God est un film atypique, touche à tout dans son langage dramaturgique et grisant dans cette atmosphère profondément onirique qu’il installe petit à petit et qui ne fait que gagner en puissance à mesure que défilent les scènes. La double confrontation opposant d’une part Lili à un monde d’adultes qui ne partage pas son sens des priorités, et d’autre part Hagen au système humain qui entend le broyer, développe parallèlement une tension qui s’accumule comme la vapeur à l’intérieur d’une cocotte minute pour exploser dans une dernière partie à la fois dantesque, surréaliste et libératrice où les bourreau finissent enfin par récolter tout ce qu’ils ont semé. Un puissant manifeste pour les droits du chien qui se clôt sur un plan proprement superbe qui restera à n’en point douter longtemps dans les mémoires.

From → Cinéma

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